Charité romaine – Cimon et Péro

Nous devons les mêmes éloges à Péro. Également pénétrée d’amour pour Cimon son père, qui était fort âgé et qu’un destin semblable avait pareillement jeté dans un cachot, elle le nourrit en lui présentant son sein comme à un enfant. Les yeux s’arrêtent et demeurent immobiles de ravissement à la vue de cette action représentée dans un tableau ; l’admiration du spectacle dont ils sont frappés, renouvelle, ranime une scène antique : dans ces figures muettes et insensibles, ils croient voir des corps agir et respirer. Les lettres feront nécessairement sur l’esprit la même impression : leur peinture est encore plus efficace pour rappeler à la mémoire, pour retracer comme nouveaux les événements anciens.

Je n’oublierai pas non plus, illustre Cimon, ta tendresse, pour ton père, toi qui n’hésitas pas à lui acheter la sépulture au prix d’un emprisonnement volontaire. A quelque grandeur que tu sois parvenu depuis, et comme citoyen et comme général, tu t’es fait plus d’honneur encore dans la prison que dans les dignités. Car les autres vertus ne méritent que beaucoup d’admiration ; la piété filiale mérite, de plus, tout notre amour.


On trouve partout des exemples infinis de tendresse ; mais Rome en offre un auquel nul autre ne peut être comparé : une femme du peuple, dont la condition obscure nous a dérobé le nom, venait d’accoucher quand sa mère fut mise dans une prison pour y subir le supplice de la faim : elle obtint d’aller la voir ; mais, fouillée à chaque fois par le geôlier, de peur quelle n’apportât quelque aliment, on la surprit allaitant sa mère. Saisis d’admiration, les magistrats accordèrent le salut de la mère à la piété de la fille ; ils allouèrent des aliments à l’une et à l’autre leur vie durant ; et le lieu où la scène s’était passée fut consacré à la déesse Piété, à laquelle, sous le consulat de C. Quinctus et de Manius Acilius (an de Rome 604), un temple fut érigé sur l’emplacement de la prison : c’est là qu’est aujourd’hui le théâtre de Marcellus.