Plus un bien est général, plus il est divin et semblable à Dieu. Admettons que les Lois de prérogative soient bonnes pour les princes et avantageuses à leurs Intérêts ; pourtant, les buissons sont plus nombreux que les Cèdres dans la Forêt du monde, et les Lois de Liberté, en faveur du peuple, sont plus utiles, parce qu’elles s’adressent à un bien plus général. Les Communautés doivent être respectées davantage que les intérêts privés des grands.
Les Bons Patriotes étudient le peuple, comme les Favoris le Prince, et il est absolument impossible que le peuple soit libre sans une Réformation de la loi, source et racine de la Liberté. Une distribution égale et prompte du Droit devrait être l’Abrégé et l’Épitomé de toutes les lois. Et si cela est ainsi :
Pourquoi y a-t-il tant de délais, de détours et de méandres dans les lois d’Angleterre ?
Pourquoi notre droit est-il un Labyrinthe de Subtilités où l’on doit subir des vents contraires avant d’atteindre le Port désiré ?
Pourquoi tant d’hommes sont-ils ruinés pour un simple Formalisme ou un Point de procédure ? Et qui ne rougirait de voir des sages, apparemment graves et savants, préférer une lettre, une syllabe ou un mot au poids et au mérite d’une cause ?
Pourquoi l’issue de la plupart des procès dépend-elle de Précédents plutôt que de la Règle, et surtout de la Règle de la Raison ?
Pourquoi la vie des hommes est-elle confisquée par la loi pour des causes légères et futiles ?
Pourquoi certaines lois excèdent-elles la faute, et d’autres, à l’inverse, imposent-elles des peines moindres que le crime ne le mériterait ?
Pourquoi la Loi est-elle encore maintenue dans une langue inconnue, et pourquoi en soutient-on les subtilités plutôt qu’on ne les corrige ?
Pourquoi les Tribunaux ne sont-ils pas rétablis dans chaque Comté, afin que le Peuple puisse obtenir justice à sa propre porte, et qu’on évite ainsi de si longs et fastidieux déplacements ?
Pourquoi, sous prétexte d’équité et de tribunal de conscience, nos torts sont-ils redoublés ou triplés, la Cour de la Chancellerie étant aussi, sinon plus, extorqueuse que toute autre cour ? Oui, c’est une question considérable : cette cour n’aurait-elle pas été d’abord instituée uniquement pour éluder la Lettre de la Loi, laquelle, quoique défectueuse, avait pourtant quelque certitude ; et, sous prétexte de conscience, pour ramener toutes les causes à la pure volonté, gouvernée par des intérêts corrompus ? Si les Siècles passés ont saisi l’occasion de mêler quelques grains de blé parmi l’Ivraie, et d’introduire quelques parcelles de Liberté dans nos Lois, pourquoi négligerions-nous, ayant de plus grands avantages, d’aiguiser nos instruments et de produire l’image parfaite de la Liberté ? Mais elle demeure négligée, parce qu’elle n’est pas connue.
Comment pourrions-nous autrement répondre à l’Appel de Dieu, ou aux cris du Peuple, qui cherchent la Liberté comme un Trésor caché ? Oui, comment pourrions-nous même être inscrits dans le Catalogue des Païens, qui faisaient moins de bruit, mais possédaient plus de substance, et furent d’excellents Juges en matière de Droits du Peuple : ainsi Solon, Lycurgue, etc. De tels reflets moraux dans l’esprit des hommes sont d’une énergie suffisante pour régler les républiques ; et il faudrait souhaiter que les États qui se disent Chrétiens fussent au moins aussi justes que les Païens dans leurs lois, et de si stricts promoteurs du Droit commun.
La pure Religion consiste à visiter l’Orphelin, et le plus glorieux des Jeûnes est de s’abstenir de la querelle et des coups portés du poing de la méchanceté ; en un mot, soulager l’opprimé sera un juste Guerdon et la récompense de nos peines et de notre labeur dans la réformation de la loi.
Et pourtant cette œuvre est très ardue, tant il y a d’intérêts en jeu, et la plupart étant plus empressés de s’élever et de se préserver eux-mêmes que de servir le bien public. Oui, nos Médecins étant eux-mêmes Parties prenantes, engagés dans ces intérêts que la liberté condamne, auront peine à se renier, à moins d’une forte conviction et d’une assistance d’en haut. Et pourtant nous devons espérer que la réformation des temps commence dans le cœur de nos Réformateurs ; car tels hommes sont les flammes prometteuses de la liberté, qui en portent déjà l’image gravée dans leur esprit.
Source : John Warr - The Priviledges of the People, or Principles of Common Right and Freedome (1649).


