Discours Parfait – Inversion des valeurs

Ne sais-tu pas, ô Asclépius, que l’Égypte est une image du ciel, bien plutôt la demeure du ciel et de toutes les puissances qui sont dans le ciel ?

S’il nous faut dire la vérité, notre pays est le temple du monde ! Il ne faut pas non plus que tu ignores qu’un temps viendra où les Égyptiens sembleront avoir déployé en vain leur zèle envers la divinité, et leur application tout entière au culte divin sera méprisée.

En effet, la divinité tout entière quittera l’Égypte et remontera au ciel, et l’Égypte sera veuve, elle sera désertée des dieux.

Car les étrangers entreront en Égypte et ils domineront sur l’Égypte. Bien plus, les Égyptiens seront empêchés de rendre un culte à Dieu. Bien plus, ils encourront le suprême châtiment, comme quiconque, parmi eux, sera pris à honorer Dieu pieusement. Et en ce jour-là ce pays, qui est pieux au-dessus de tous les pays, se verra devenir impie.

Il ne sera plus rempli de temples, mais rempli de tombeaux et il ne sera plus rempli de dieux, mais de cadavres.

Ô Égypte, Égypte !

Mais tes dévotions passeront pour des fables, et tes cultes divins, nul n’y croira plus, bien qu’il s’agisse d’œuvres prodigieuses et de paroles saintes.

Or, si tes mots ne sont plus que des pierres, à admirer, alors le barbare l’emportera sur toi, ô Égyptien, par sa piété, qu’il soit Scythe ou Indien, ou tout autre du même genre !

Mais que dis-je à propos de l’Égyptien ? Car ceux-ci quitteront eux aussi l’Égypte. Une fois, en effet, que les dieux auront abandonné l’Égypte et seront remontés au ciel, alors tous les Égyptiens périront et l’Égypte sera vidée des dieux et des Égyptiens.

Et toi, ô fleuve !

Un jour viendra où tu couleras de sang, plutôt que d’eau ; quant aux cadavres, ils iront jusqu’à s’entasser au-dessus des digues !

Pourtant, on ne pleurera pas le mort autant que le vivant : pour celui-ci, on ne le reconnaîtra comme Égyptien qu’à sa langue et en s’y prenant à deux fois — à quoi bon pleurer, ô Asclépius — car il aura tout l’air d’un étranger d’après son comportement !

Mais la divine Égypte endurera des maux encore plus grands que ceux-là :

L’Égypte, l’amante des dieux, la demeure des dieux, l’école de la piété, deviendra l’image de l’impiété !

Alors, en ce jour-là, l’univers ne sera plus admiré. . [ . . . . . ] et l’impiété. On ne l’adorera plus [ . . . . . ] . . [ . . . . . ] . en disant : « il est aussi beau que bon, et il n’y en a jamais eu un semblable ni pareil spectacle !

Au contraire, le voilà qui risque de devenir un fardeau pour tous les hommes.

C’est pourquoi, on le méprisera, ce monde magnifique créé par Dieu, œuvre qui n’a pas sa pareille, réalisation pleine de vertu, spectacle multiforme, chorégie exercée sans envie, remplie de tout objet de contemplation !

On préférera les ténèbres à la lumière et l’on préférera la mort à la vie.

Personne n’élèvera plus son regard vers le ciel ; mais l’homme pieux sera compté pour fou, l’homme impie sera honoré comme sage, le couard sera compté pour vaillant et l’on châtiera l’homme de bien comme un malfaiteur.

Quant à l’âme et aux choses de l’âme, ainsi qu’à celles de l’immortalité et au reste de ce que je vous ai dit, ô Tat, Asclépius et Ammon, non seulement on pensera qu’il s’agit là de choses ridicules, mais encore, on les bafouera.

Bien plus, croyez-moi sur ce point, les spirituels de cette sorte encourront pour leur vie le suprême péril.

Une loi nouvelle sera établie : rien de saint, rien de pieux, rien de digne du ciel ni des dieux célestes ne s’entendra ni ne se croira plus.

Ils s’en iront alors, les génies bienfaisants, et les mauvais anges resteront avec les hommes, se joignant à eux pour les entraîner au mal en toute impudence, à l’impiété, aux guerres, aux brigandages, leur enseignant ce qui est contre nature.

En ces jours-là, la terre n’aura plus d’assise et l’on ne naviguera plus sur la mer, on ne connaîtra plus les étoiles au ciel.

Toute voix sainte ou parole de Dieu, on sera forcé de s’en taire, et l’air sera malade.

Telle est la vieillesse du monde : athéisme et déshonneur, dédain de toute parole de bien !

Quand cela se produit, ô Asclépius, alors le Seigneur, Père et Dieu, Démiurge du Premier Dieu unique, commence par observer ce qui est arrivé.

Puis, dressant contre le désordre son conseil qui est le bien, il extirpe l’erreur et retranche la malice : tantôt il la consume dans un feu violent, et tantôt, il l’écrase sous les guerres et les pestilences, jusqu’à ramener et rétablir son univers à l’état ancien de sorte qu’il paraisse à nouveau digne d’adoration et d’émerveillement et que Dieu lui-même soit glorifié comme Créateur de cette œuvre.

Telle est donc la naissance du monde : le rétablissement de la nature des choses saintes et bonnes, qui se produira par l’effet du mouvement circulaire du temps qui n’a jamais eu de commencement.

Car la volonté de Dieu n’a pas de commencement, non plus que sa nature, qui est sa volonté. En effet, la nature de Dieu, c’est la volonté, et sa volonté, c’est le bien.