La bataille de Marathon – Callimaque et Echetlus

Plus loin, la bataille de Marathon ; les Béotiens de Platées et des autres villes alliées de l’Attique en sont aux mains avec les Barbares, et de ce côté, l’avantage est à peu près égal des deux parts. Hors du champ de bataille, les Barbares sont en fuite et se poussent les uns les autres dans le marais. A l’extrémité, se distinguent les vaisseaux Phéniciens ; les Grecs tuent les Perses qui cherchent à y monter. Vous distinguez dans ce tableau, le héros Marathon, de qui le bourg a pris le nom ; Thésée, qui paraît sortir de la terre, et Minerve (Athéna), et Hercule ; car les Marathoniens, à ce qu’ils disent eux-mêmes, sont les premiers qui aient rendu les honneurs divins à Hercule. Les plus reconnaissables parmi les combattants, sont, Callimaque, qui était alors Polémarque ; Miltiade, l’un des Généraux, et le héros Echetlus dont je parlerai par la suite.


Marathon est à une égale distance d’Athènes et de Carystos, ville de l’Eubée ; c’est là qu’abordèrent les Barbares quand ils envahirent l’Attique ; ils y furent défaits, et perdirent même quelques uns de leurs vaisseaux en se retirant. Les Athéniens qui furent tués en cette occasion, ont été enterrés à Marathon même, et des cippes placés sur leurs tombeaux indiquent le nom de chacun d’eux, et celui de leurs tribus. Un tombeau particulier a été érigé aux Béotiens de Platées, et un autre aux esclaves qui combattirent pour la première fois en cette occasion.

Miltiade, fils de Cimon, a aussi son tombeau à part ; il ne fut pas tué dans le combat, et mourut dans la suite après que les Athéniens lui eurent fait son procès, pour avoir échoué dans son expédition contre Paros. On entend toutes les nuits à Marathon des hennissements de chevaux, et un bruit pareil à celui que font des combattants. Ceux qui n’y viennent que par pure curiosité ne s’en trouvent pas bien ; mais ceux qui, n’ayant entendu parler de rien, passent là par hasard, n’ont rien à craindre du courroux des esprits. Les Marathoniens donnent le nom de héros à ceux qui ont péri dans ce combat, et les honorent comme tels, ainsi que Marathon, de qui leur bourg a pris son nom, et Hercule, auquel ils ont, disent-ils, rendu les honneurs divins avant tous les autres Grecs.

Ils racontent aussi qu’un personnage qui avait l’air et le costume d’un paysan, se trouva au combat, et tua beaucoup de Mèdes avec un soc de charrue. Il disparut ensuite, et Apollon, consulté à son sujet par les Athéniens, leur ordonna de rendre des honneurs au héros Echetlus, mais il ne leur donna pas d’autres éclaircissements. On a érigé sur le champ de bataille même, un trophée de marbre blanc. Les Athéniens donnèrent aussi, à ce qu’ils disent, la sépulture aux Mèdes, regardant comme un devoir sacré de couvrir de terre les corps humains. Je n’ai cependant pas pu trouver leur tombeau, et on ne remarque aucun amas de terre ni aucun autre signe qui puisse le faire reconnaître ; on les jeta sans doute pêle-mêle dans une grande fosse.

Vous verrez à Marathon la fontaine Macarie, et voici ce qu’on en raconte. Hercule s’étant enfui de Tirynthe à cause d’Eurysthée alla demeurer chez son ami Céyx, roi de Trachine ; lorsque Hercule eut quitté le séjour des mortels, Eurysthée voulut se faire livrer les enfants de ce héros. Céyx les fit partir pour Athènes, en leur disant qu’il était trop faible pour les défendre, mais qu’ils trouveraient dans Thésée un protecteur tel qu’ils pouvaient le souhaiter. Ils se présentèrent à lui comme suppliants, et Thésée n’ayant pas voulu les livrer, Eurysthée lui déclara la guerre : c’est la première qui ait éclaté entre les Péloponnésiens et les Athéniens. On raconte qu’un oracle avait prédit à ces derniers, qu’ils ne pouvaient pas espérer la victoire, à moins qu’un des enfants d’Hercule ne se dévouât volontairement à la mort. Alors Macaria, fille d’Hercule et de Déjanire, s’étant tuée elle-même, assura la victoire aux Athéniens, et on donna son nom à la fontaine dont il s’agit.

Il y a aussi à Marathon un lac très marécageux, où beaucoup de Barbares se précipitèrent en fuyant, faute de connaître le pays, et c’est là, dit-on, que périt la plus grande partie de cette troupe. Au-dessus de ce lac ; sont les mangeoires en marbre des chevaux d’Artapherne, et on voit sur le rocher des vestiges de sa tente. Il sort de ce lac un fleuve dont l’eau, dans le voisinage même du lac, est très bonne pour abreuver les bestiaux, mais vers son embouchure dans la mer elle devient salée, et se remplit de poissons de mer. En avançant un peu dans la plaine, vous trouvez la montagne de Pan, et une grotte qui mérite d’être vue. L’entrée en est fort étroite, mais en avançant vous trouvez des chambres, des bains, et ce qu’on nomme le troupeau de Pan ; ce sont des rochers qui ont pour la plupart, la figure de chèvres.


Datis, satrape des Perses, vint camper à Marathon, plaine de l’Attique, avec trois cent mille hommes, et envoya déclarer la guerre aux Athéniens. Ceux-ci, sans s’effrayer de la multitude des Barbares, firent marcher contre eux une armée de neuf mille hommes, sous la conduite de Cynégire, Polyzôle, Callimaque et Miltiade. Pendant la bataille, Polyzôle aperçut un fantôme d’une taille plus qu’humaine, et perdit tout à coup la vue. Callimaque, après avoir reçu plusieurs blessures, se tint debout tout mort qu’il était. Cynégire, en voulant retenir un vaisseau perse qui se retirait, eut les deux mains coupées.