Ryōkan – Poésie de l’ermite zen

Le paysage de la fin d’automne est désolant
Le pèlerin est soucieux, la route difficile,
La nuit est longue, maintes fois en sursautant sur l’oreiller je sors du rêve
Prenant le bruit de la rivière pour de la pluie.


Vingt années après, dans mon village natal je suis de retour
Les vieux amis se sont dispersés, tant de choses ont changé
À l’aube la cloche en bronze du temple brise mon rêve
Sur le lit désert plus aucune ombre, la flamme de la lampe s’amenuise.


Mon ermitage de moine est au pied du mont Kugami
D’un thé léger et d’un repas frugal je me nourris
De toute l’année je ne rencontre aucun moine à l’oreille percée
Je vois seulement dans la forêt dépouillée des gens ramasser des feuilles mortes.


La pluie a cessé, les nuages se sont dispersés, le ciel est à nouveau serein
Quand le cœur est pur, toute chose dans l’univers est pure
Confiant mon corps au cours des choses, j’ai renoncé au monde afin d’être libre
Avec la lune nouvelle et les fleurs je vais passer le reste de ma vie.


Nuit silencieuse, sous la fenêtre vide assis en méditation, enveloppé dans ma bure de moine,
Nombril et narines bien alignés, les oreilles juste au-dessus des épaules,
La fenêtre est illuminée, la lune vient de se lever,
La pluie a cessé, quelques grosses gouttes tombent encore
À ce moment-là mon sentiment est extraordinaire 
Vaste, immense, connu de moi seul.


Les gloires et les déclins du monde, comme les nuages aux formes changeantes
Plus de cinquante années se sont écoulées, pareilles à un songe
Sous la pluie éparse « xiāo xiāo », dans ma hutte d’herbe, la nuit tombe
Vêtu de ma bure, oisif, je m’accoude à la fenêtre vide.


Donnant à manger au petit oiseau en cage dans la maison de quelqu’un
De temps à autre, de ton nid dans la montagne profonde tu dois languir
Moi aussi de jadis j’ai quelques souvenirs.


Depuis que j’ai quitté la famille, j’ai confié mes traces aux nuages et aux brumes
Aux bûcherons et aux pêcheurs je me mêle
Avec les enfants ensemble nous jouons
La gloire des rois et des ducs ne m’attire pas,
À l’immortalité non plus je n’aspire pas
Partout où je me trouve, je suis à ma place
Pourquoi faudrait-il à tout prix vivre sur une haute montagne ?
Chevauchant les vagues qui chaque jour se renouvellent,
À ma guise, libre, jusqu’au terme de ma vie.


Dans le rêve, question et réponse

Pour mendier ma nourriture je me rends en ville
En chemin je rencontre un vieillard, une vieille connaissance
Il me demande : « Maître, que faites-vous donc,à demeurer là-haut sur le pic dans les nuages blancs ? »
Je lui demande : « Que faites-vous donc, à vieillir dans ce monde de poussière rouge ? »
Nous sommes pour nous répondre mais restons tous deux muets.


Je marche le long d’un cours d’eau, cherchant sa source
J’arrive là où la source semble commencer, perplexe,
Réalisant qu’on atteint jamais la source véritable
Appuyé à ma canne, partout autour
Le murmure de l’eau. 


Alors que certains sacrifient leur vie pour délivrer le monde
Caché dans ma hutte au toit de chaume je cultive l’oisiveté.


Souvent je monte à la pagode de la Miséricorde
À perte de vue je contemple nuages et fumées
Pins et cyprès ont plus de mille ans
La brise légère circule depuis dix mille générations
Aux quatre saisons les oiseaux s’harmonisent
Jamais ne cesse le murmure de la source froide
Qui se débarrassera de son fardeau de poussière,
Pour venir vivre libre, au sommet de la montagne émeraude ?


Montrant tantôt le dessus
Tantôt le dessous
Les feuilles d’automne tombent.

Poème d’adieu [絶命詩 – zetsumei-uta] de Ryōkan

Elles semblent s’approcher
Elles semblent s’en retourner
Les vagues du large.

Poème d’adieu de Teishin, amie moniale de Ryōkan