Poésie

Thomas Hood – Ode à la mélancolie

Viens, tournons nos cœurs soucieux, comme Philomèle contre l’épine, afin d’aviver cette douleur secrète qui rend sa plainte si chagrine. Le monde porte mille pointes cruelles dont nos poitrines furent meurtries ; Et tant de nobles sujets de tristesse peuvent survivre à l’aube finie : la rareté de l’honneur véritable, la mort de l’affection, l’orgueil dédaigneux, le mépris corrosif, et tous ces récits pitoyables que les larmes arrosent depuis la naissance…

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Leconte de Lisle – Sûryâ

Ta demeure est au bord des océans antiques, Maître ! Les grandes Eaux lavent tes pieds mystiques. Sur ta face divine et ton dos écumant l’abîme primitif ruisselle lentement. Tes cheveux qui brûlaient au milieu des nuages, parmi les rocs anciens déroulés sur les plages, pendent en noirs limons, et la houle des mers et les vents infinis gémissent au travers. Sûryâ ! Prisonnier de l’ombre infranchissable, tu sommeilles couché…

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Charles Cros – Banalité

L’océan d’argent couvre tout avec sa marée incrustante. Nous avons rêvé jusqu’au bout le legs d’un oncle ou d’une tante. Rien ne vient. Notre cerveau bout dans l’Idéal, feu qui nous tente, et nous mourons. Restent debout ceux qui font le cours de la rente. Étouffé sous les lourds métaux qui brûlèrent toute espérance, mon cœur fait un bruit de marteaux…

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Victor Hugo – Les Djinns

Murs, ville, et port, asile de mort, mer grise où brise la brise, tout dort. Dans la plaine naît un bruit. C’est l’haleine de la nuit. Elle brame comme une âme qu’une flamme toujours suit ! La voix plus haute semble un grelot. D’un nain qui saute c’est le galop. Il fuit, s’élance, puis en cadence sur un pied danse au bout d’un flot. La rumeur approche. L’écho la redit. C’est comme la cloche d’un couvent maudit…

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Louise Ackermann – La coupe du roi de Thulé

Au vieux roi de Thulé sa maîtresse fidèle avait fait en mourant don d’une coupe d’or, unique souvenir qu’elle lui laissait d’elle, cher et dernier trésor. Dans ce vase, présent d’une main adorée, le pauvre amant dès lors but à chaque festin. La liqueur en passant par la coupe sacrée prenait un goût divin. Et quand il y portait une lèvre attendrie, débordant de son cœur…

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Jacques Delille – L’Homme des champs

Ô vous qui dans les champs prétendez vivre heureux, n’offrez qu’un encens pur aux déités champêtres. Héritier corrompu de ses simples ancêtres, ce riche qui, d’avance usant tous ses plaisirs, ainsi que son argent tourmente ses désirs, s’écrie à son lever : « Que la ville m’ennuie ! Volons aux champs ; c’est là qu’on jouit de la vie, qu’on est heureux. » Il part, vole, arrive…

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1214 – Bouvines

Les blés sont mûrs, l’épi sur l’or des tiges sonne et s’entr’ouvre au soleil : Flandre, donc qu’on moissonne, et qu’on ne laisse pas tant de riches trésors, quand les vivants ont faim, s’épandre pour les morts. Les blés sont mûrs : allons, rassemblez vos familles, préparez les liens, aiguisez les faucilles. Diligents laboureurs, vite, vite, en chemin : le sage remet-il son travail à demain ?

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